Dans le cadre d’un travail universitaire, j’ai pris contact avec Lionel Besnier (éditeur folio policier) et Thierry Serfaty (auteur) pour cerner pourquoi les thrillers suscitent un tel engouement.
Ces entretiens étaient nécessaires. En effet, il s’avère que les motifs du succès de ce type de romans restent flous. Peu d’études concernant le lectorat existent. On ne connaît donc pas le profil des gens qui lisent des thrillers, leur nombre potentiel, leurs attentes, etc..
La seule certitude est que le thriller attire comme une marque. On peut même aller jusqu’à dire que sa dénomination est un gage de sensations fortes.
Cependant, certains éditeurs se lancent dans des guides du thriller à la demande des services Marketing de leur boîte.
Ces demandes proviennent du fait que les titres se multiplient (plus de 40 romans sortent chaque année par maisons d’éditions).
Pourtant, on nage en plein brouillard. Le lectorat est toujours aussi méconnu, et le thriller englobe de plus en plus tout et n’importe quoi.
Je vous propose donc d’y voir plus clair à travers 2 interviews.
- Qu’est ce que le thriller ?
Lionel Besnier répond en partie à cette question :
« A la définition de genre ou de type de roman se superpose une appellation plus commerciale qui fait que ce mot cache des vérités protéiformes parfois difficiles à rapprocher. Thriller historique ? Thriller hard-boiled ? Psychopathes ? Techno-thrillers, Politique fiction ? Grandes enquêtes confrontées à des tarés mystiques ? Thrillers sentimentaux à l’eau de rose, etc.. «
- Pourquoi les thrillers rencontrent-t-il le succès ?
Selon Thierry Serfaty :
« le thriller, comme son nom l’indique, fait « frémir » : on peut ainsi se faire peur et doser cette peur comme on l’entend. On peut même décider d’interrompre la lecture, refermer le livre, reprendre plus tard. Bref on joue avec nos propres émotions mais on en est maître ! »
Lionel Besnier complète cette explication :
« Ce qui plaît est sans doute l’exploitation de la peur, de l’inexpliqué, ce qui a trait aux grands mystères qu’ils soient ceux d’un monde qui échappe à l’entendement, ceux de notre civilisation ou ceux plus mystérieux encore de la folie humaine. »
Un point de vue que Thierry Serfaty partage :
« Sur le fond, le thriller (et le livre policier en général) reprend des éléments forts et durs de notre réalité et de notre société. C’est un miroir angoissant mais très réaliste de ce que nous vivons, donc ça passionne les gens. »
- Que pensez vous de l’évolution du « méchant » type? Va-t-on vraiment vers des meurtres toujours plus sombres, toujours plus glauques? Cela correspond-t-il à une demande spécifique?
Thierry Serfaty pense que ce phénomène s’explique par le fait qu’on :
« nous dévoile dans les médias une part infiniment plus sombre de la société et de l’être humain. Naturellement les thrillers s’en inspirent et les « méchants » prennent un visage de plus en plus terrifiant. »
Pour Lionel Besnier,
» Il y a toujours eu des psychopathes. Les nouvelles technologies d’enquêtes comme la médiatisation permettent de mieux appréhender le phénomène qui reste un symptôme des temps et des époques. Le tueur en série du Moyen-âge chinois n’est sans doute pas le même que le tueur américain des grands espaces ».
« La littérature ne répond pas toujours à une demande comme un produit, elle est, elle aussi, le témoin de son époque. S’il y demande, c’est que le thriller est en phase avec les attentes ou les fantasmes d’une population. »
- L’enquêteur devient de plus en plus un héros ordinaire en proie à ses propres démons. Que pensez-vous de l’évolution de son rôle ?
Pour Thierry Serfaty :
« L’enquêteur n’a plus le visage du super héros des comics des années 50 : il ressemble de plus au plus à monsieur tout le monde avec ses forces et ses faiblesses, ses erreurs et ses casseroles. » Il pense même que « ça le rend plus humain, plus proche du lecteur. »
Pour Lionel Besnier, il existe
« plein de héros de ce type en effet c’est même un archétype qui explique le succès de ces thrillers de procédure : le héros est vulnérable, humain, divorce et facilite donc l’identification du lecteur aux personnages. »
Cette évolution correspond, selon lui,
« à la fragilité plus grande de notre monde et fait que le héros d’il y a trente ans ne peut plus être le même aujourd’hui sous peine d’être tellement décalé qu’il n’aborderait plus les thèmes concernant le lecteur. »

- Dernière question pour Lionel Besnier : pensez-vous que le succès de tels romans dérive de la médiatisation de la figure du serial killer?
« On parle peu dans les médias en réalité des figures de psychopathes. Avant c’était le Loup-garou dans une tradition orale. C’était l’ogre. Il était celui qui violait et décapitait les enfants comme les adultes. La encore, faits divers médiatisés peuvent jouer mais je ne crois que moyennement à cette explication rapide. Celui qui regarde les médias ne lit pas forcément, voudrait peut-être par rejet autre chose. »
« Il y a incontestablement un effort marketing sur le thriller qui, encore une fois, est l’évolution actuelle du roman policier la plus en phase avec notre civilisation. Proche de l’audiovisuel, de l’image, rapide, donnant à sa façon à comprendre le monde en le réorganisant par la résolution des intrigues. »
« Le roman policier et donc pas mal de thrillers, contrairement à ce que l’on croit, est parfaitement réactionnaire et conservateur. Il explique, élucide, sanctionne. Ce qui plait dans certains thrillers est justement qu’en gardant cette fonction, il n’en oublie pas moins la complexité des situations et des hommes. »
J’espère que ces interviews vous auront permis d’y voir plus clair^^.
Pour plus d’informations, vous pouvez consulter la biographie de Thierry Serfaty et de Lionel Besnier.
Il n’est sans doute pas facile de se projeter dans la peau de son lectorat, lorsque l’on est auteur. Je tiens donc à remercier particulièrement Thierry Serfaty pour m’avoir répondu.
Vous pouvez désirez en savoir plus sur Thierry Serfaty? Cliquez ici pour visiter son blog.
Je remercie aussi Lionel Besnier pour avoir pris le temps de répondre à mes questions, mais aussi pour son honnêteté et sa franchise.

10 août 2008 à 12:04
thrilling article! ^^
11 août 2008 à 21:43
j’aime bien ton blog j’aime beaucoup le style.
bonne continuation
13 août 2008 à 14:36
Merci pour ces interviews très complètes! Je pense également que le thriller est le témoin de son époque. Peut-être même un prophète, dans certains cas. J’ai d’ailleurs ajouté ma pierre à l’édifice.
17 août 2008 à 08:47
@Suok : J’aurai plutôt tendance à penser que les romans de science fiction sont des formes de prophètes, et non le thriller.
En effet, l’auteur de romans de science fiction essaie justement de se projeter dans l’avenir.
L’auteur du thriller ne le fait pas forcément car ce n’est pas la vocation 1ère de ce genre de livre. Il a plutôt tendance à reprendre des éléments forts de la société (qui existent déjà ou non).
Mais c’est vrai que parfois le thrillers nous montre ce qui peut arriver si l’on va trop loin, notamment quand il s’agit d’une dérive..
J’aimerai vraiment que tu explicite ton idée Suok.
17 août 2008 à 17:25
J’aime beaucoup ton blog Angie, et forcément cet article m’interpelle tout particulierement étant moi même une accro des thrillers.
)
Plonger tête la première dans la folie des hommes, partager la terreur de nos héros, jouer avec ses émotions,ses angoisses, s’immerger dans l’histoire sachant que l’on peut refaire surface à tout moment.
J’adore essayer de déchiffrer les méandres de l’âme humaine ; Parfois je marche cote à cote avec le gentil puis je me retrouve projetée dans l’esprit complexe d’un psychopathe.
Les cotés sombres de l’homme me fascinent et les histoires dans lesquelles je me plonge toute entière ont toutes un coté angoissant peut être que je ne cherche qu’à explorer une peur primaire.